Formations

Gestion des conflits et médiation scolaire

La formation des formateurs

L’Institut de Théologie de la Compagnie de Jésus (ITCJ) a accueilli, du 21 au 25 juin 2015, trois ateliers de formation à la gestion positive des conflits et de la différence en milieu scolaire, organisés par l’association ivoirienne « Porteurs de Paix », en collaboration avec l’association française « Génération médiateurs. ».

Le public était varié : étudiants et professionnels, religieux, religieuses et laïcs. Du point de vue insertion professionnelle, nous avons enregistré la présence d’environ 50% d’enseignants et d’éducateurs. Du point de vue géographique, les participants sont venus en majorité de la Côte d’Ivoire. Mais trois participants sont venus du Burkina et un du Cameroun.

Logés sur place durant trois jours pleins, les 39 participants, répartis en trois ateliers de 13 personnes chacun, ont approfondi la logique interne qui sous-tend les relations entre humains et fait que nous nous rapportions à nous-mêmes ou aux autres de façon violente ou pacifique, dans un parcours comprenant la connaissance de soi, la communication, la découverte du conflit et la médiation.

Porteurs de Paix

Fondée en 2014, l’association « Porteurs de Paix » se donne comme objectif principal de former les jeunes en milieu scolaire à la gestion positive des conflits et de la différence. Pour l’année scolaire 2014-2015, elle a travaillé avec deux établissements à Abidjan-Plateau : le collège Notre Dame, tenu par les Sœurs Notre Dame de la Paix, et le Cours Secondaire Méthodiste. Dans chacun de ces deux collèges, toutes les classes de 5e (six au total) ont été pris en charge dans un programme dénommé : « Développement personnel et culture de la paix. » Sous le volet « Développement personnel », nous déployons un programme de méthodologie de travail scolaire embrassant la manière de s’organiser dans ses études, à la maison et au quartier. Le volet « Culture de la Paix » exploite du matériel rassemblé lors d’un premier atelier de formation ad hoc organisé par « Porteurs de Paix » du 22 au 26 juin 2014 et animé par l’association française Génération Médiateurs www.gemediat.org à l’intention des formateurs de Porteurs de Paix. Nous formons à la connaissance de soi, à la connaissance du conflit et à la médiation. La formation se termine par l’installation dans chaque classe des pairs médiateurs, pour aider les élèves de 5e et de 6e à gérer leurs petits conflits au quotidien.

 

La formation de juin 2015 que nous venons de terminer fait suite à celle de juin 2014 mentionnée ci-dessus, pour aguerrir par étaptes les formateurs de Porteurs de Paix dans la gestion de conflits et la médiation scolaire.

L’originalité de la méthode consiste, non pas à développer de grandes théories savantes sur ces notions, mais à les faire découvrir à travers des jeux, des contes, des échanges dans lesquels chacun estt invité à faire part de ses découvertes tant intellectuelles qu’émotionnelles. De plus, les participants entrent en possession de supports pédagogiques sur papier qui leur permettent d’organiser eux-mêmes des sessions de formaton avec les jeunes.

La communication non violente (CNV)

Cette formation s’inspire de la Communicaiton non violente (CNV) développée par Marshall B. Rosenberg (1934-2015), mais sans consacrer un développement théorique à ce concept comme nous le faisons ci-dessous. Rosenberg nous a laissé l’essentiel de sa doctrine dans un manuel traduit en français sous le titre de Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs), et publié aux éditions La découverte. Photo ci-contre (bing.com/images)

  1. « Partant de la conviction que notre nature profonde nous porte à aimer donner et recevoir dans un esprit de bienveillance, j’ai passé ma vie à m’intéresser à deux questions. Comment se fait-il que nous puissions nous couper de notre bonté naturelle au point d’adopter des comportements violents et agressifs? Et inversement, comment certains individus parviennent-ils à rester en contact avec cette bonté naturelle même dans les pires circonstances ? »
  2. « J’ai depuis lors défini un mode de communication, d’expression et d’écoute qui nous permet d’être généreux et de trouver un contact vrai avec nous-mêmes comme avec autrui, laissant libre cours à notre bienveillance naturelle. C’est ce que j’appelle la « Communication non violente » (abrégée en CNV), et que l’on retrouve parfois sous le nom de «Communication créative» ou de «Communication empathique ». J’utilise le terme de non-violence au sens où l’entendait Gandhi, pour désigner notre état naturel de bienveillance lorsqu’il ne reste plus en nous la moindre trace de violence. Car bien que nous puissions avoir l’impression que notre façon de parler n’a rien de « violent », il arrive souvent que nos paroles soient source de souffrance pour autrui ou pour nous-mêmes. » (Deux extraits tirés de Les mots sont des fenêtres…)

A la communication non violente, Rosenberg oppose ce qu’il appelle la communication aliénante. Elle nous coupe de la vie, elle nous incite à des comportements violents envers nous-mêmes comme à l’égard d’autrui, elle nous coupe de notre bienveillance naturelle.

Rosenberg énumère certaines formes de communication aliénante :

  1. Jugements moralisants envers l’autre. Nous exerçons un jugement moralisant par exemple en disant que l’autre est dans le faux ou qu’il est mauvais lors que ses actes ne correspondent pas à nos valeurs. Cela peut s’exprimer en termes de reproches, d’insultes, de dénigrements, d’étiquetages, de comparaisons ou de diagnostics.

Nous ne devons pas cependant confondre jugements moralisants et jugement de valeur. Nous portons tous des jugements de valeur sur les qualités auxquelles nous attachons de l’importance dans notre vie : nous pouvons par exemple tenir pour essentielles l’honnêteté, la liberté ou la paix. Les jugemems de valeur reflètent nos convictions sur la façon de servir au mieux la vie.

Nous portons des jugements moralisants sur les gens et les comportements qui ne sont pas dans la ligne de nos jugements de valeur. Nous dirons ainsi: « La violence est un mal. Les gens qui tuent sont mauvais. » Si nous avions été élevés dans une langue du cœur, nous aurions appris à exprimer directement nos besoins et nos valeurs, plutôt que d’attribuer des torts à autrui lorsque ces valeurs et besoins ne sont pas satisfaits. Nous pourrions par exemple reformuler la phrase : « La violence est un mal » en disant: « Je redoute l’usage de la violence pour résoudre les conflits. Je tiens à résoudre les conflits humains par d’autres moyens. »

  1. Comparaisons: En nous comparant à d’autres sur le plan physique ou sur le plan de la réussite, nous pouvons nous couper de la vie, de la bienveillance envers nous-mêmes (ou envers autrui) et perdre l’estime de nous-même.
  2. Refus de responsabilité. L’individu ne prend pas pleinement conscience qu’il est responsable de ses pensées, de ses sentiments et de ses actes. Le refus de responsabilité s’exprime dans des tournures telles que : « il y a certaines choses qu’il faut que tu fasses, que ça te plaise ou non », les tournures construites sur le modèle « tu me» (« tu me culpabilises », « tu me mets en colère »)
  3. Désirs exprimés sous forme d’exigences. Le langage peut également entraver la bienveillance lorsque nous exprimons nos désirs sous forme d’exigences.
  4. Récompense et puinition. « La communication aliénante est également associée à l’idée selon laquelle certaines actions méritent récompense, tandis que d’autres méritent punition. Le verbe « mériter » («Il mérite d’être puni pour ce qu’il a fait ») est d’ailleurs tout à fait révélateur de cet état d’esprit, en ceci qu’il suppose un «tort » de la part de celui qui se comporte d’une certaine façon et appelle une punition pour l’obliger à se repentir et à amender son comportement. Je suis persuadé qu’il est dans l’intérêt de tous que les gens changent, non pour échapper au châtiment, mais parce que eux-mêmes perçoivent que ce changement leur sera bénéfique. »

Démarche de communication non violente

Selon les termes de Rosenberg, la communication non violente est un mode « d’expression et d’écoute qui nous permet d’être généreux et de trouver un contact vrai avec nous-mêmes comme avec autrui, laissant libre cours à notre bienveillance naturelle. »

De cette définition se dégage clairement deux mouvements l’expression (l’émetteur) et l’écoute (le récepteur). La communication non violence travaille soigneusement ces deux poles. Celui qui s’engage sur ce chemin prend sur lui de faire en sorte que son message soit dénué de violence mais en même temps il doit prendre sur lui et la désarmorcer une violence éventuelle du récepteur : il doit écouter l’interlocuteur avec empathie, s’efforçant de trouver qu’il a raison de réagir ou d’agir comme il a fait.

Ce parti pris de bienveillance va se mettre en œuvre selon une procédure en quatre étapes, pour contrer la communication violence habituelle qui procède par « Jugement » dès qu’il y a un disfonctionnement : « J’en ai marre, c’est toujours pareil, quel idiot, il a encore fait… ». Procéder ainsi par jugement et étiquetage de l’autre, loin d’arranger quoi que ce soit, ne fait que creuser le fosser entre les interlocuteurs. La procédure pour contrer ce genre de réaction négative se déroule en quatre temps :

  • Observer sans juger : hier tu as utilisé l’ordinateur pendant cinq heures
  • Enoncer le sentiment/l’émotion provoqué par le fait : je me suis senti frustré
  • Dire le besoin qui est contrarié : parce que j’avais un travail urgent à terminer
  • Adresser à l’autre une demande concrète, positive, sans exigence et lui laissant le choix : Serais-tu d’accord que nous établissions un planning d’utilisation ou une autre manière de faire qui prenne en compte le besoin urgent de l’un de nous ?

J’exprime avec honnêteté comment je me sens, sans formuler de reproches ni de critiques. J’écoute avec empathie comment ru te sens, sans entendre de reproches ni de critiques.

Je demande clairement ce qui pourrait embellir/enrichir ma vie sans que cela ne soit une exigence. J’écoute ce qui pourrait embellir/enrichir ta vie sans entendre une exigence.

 

La médiation exploite la démarche de la communication non violence pour permettre aux protagonistes de décrire paisiblement et sans confusion les faits, les sentiments/les émotions et proposer leurs solutions.

Perspectives

Au terme de ces trois jours de formation, l’équipe de formateurs de Porteurs de Paix se trouve renforcée, bien que toutes les personnes formées à cette occasion ne soient pas destnées à s’engager concrètement dans la formation des élèves. Nous entrevoyons de nouvelles collaborations : les « Sentinelles de la Paix » de la paroisse Saint Laurent de Yopougon, le collège SEPI, également à Yopougon. Un troisième collège sera formellement pris en charge, le collège Notre Dame de la Paix, à Abidjan Riviera Palmeraie. Nous avons renforcé notre collaboration avec les deux premiers collèges pilotes, le Collège Notre Dame du Plateau, dont nous avons formé deux éducatrices et un professeur, et le Cours secondaire Méthodiste du Plateau dont deux éducatrices ont également été formées. Dans ces deux collèges, Porteurs de Paix compte désormais Cinq collaborateurs internes formés à la méthode de gestion de conflits en milieu scolaire. Ils pourront mieux faire comprendre à leurs collègues le bienfondé de la méthode et prendre une part active à la formation des élèves. A terme, Porteurs de Paix formera, à la demande des établissements, le personnel des établissements pour qu’ils forment eux-mêmes leurs élèves à la gestion des confilts de leur établissement.

 

Abidjan, le 8 jullet 2015

 

vfoutchantse@gmail.com

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