Documentations

Deux auteurs pour donner la direction

Nous attirons l’attention de nos adhérents et de nos sympathisants sur deux ouvrages de référence dont la lecture leur fera comprendre toujours mieux quel est l’idéal de Porteurs de Paix.

  1. Gandhi, Tous les hommes sont frères, est un ouvrage de morceaux choisis très abondants qui nous font connaître la vie et la pensée de Gandhi dans des domaines divers: religion, société, politique, économie, etc. Il a été publié en 1969 par la commission française pour l’UNESCO, à l’occasion du centenaire de la naissance de Gandhi.

Voici des extraits qui résument le titre donné à cet ouvrage de Gandhi:

Tous les hommes sont frèresMa mission ne sera pas terminée le jour où tous les Indiens s’aimeront comme des frères. Elle ne prendra pas fin non plus avec la libération de l’Inde, bien qu’à l’heure actuelle, j’y consacre le plus clair de mes forces et de mon temps. Mais ce que je cherche à travers la libération de l’Inde, c’est à conduire tous les hommes à ne plus faire qu’une seule communauté fraternelle. Mon patriotisme ne connaît aucune exclusive. Il est prêt à accueillir le monde entier. Je ne peux que rejeter toutes ces formes de patriotisme qui tirent leur force des malheurs et de l’exploitation des autres nations. Mon patriotisme perd toute sa signification s’il ne cherche pas, en permanence et sans la moindre exception, à promouvoir le maximum de bien pour l’humanité tout entière. Mais il y a plus. C’est toute vie que je cherche à embrasser grâce à ma religion et, par voie de conséquence, grâce à mon patriotisme. Il ne me suffit pas de vouloir être le frère de tout homme ou même de ne plus faire qu’un avec l’humanité entière ; je souhaite aussi parvenir à cette même unité avec tout être qui vit, ne serait-ce qu’un ver de terre. Au risque de vous choquer, je tiens à réaliser cette identité même avec ces créatures qui rampent sur le sol. N’affirmons-nous pas que nous venons tous du même Dieu ? Dans ce cas, toute vie, quelle que soit la manière dont elle se manifeste, ne peut être qu’essentiellement une. (MM, 135.)

Il est impossible d’être internationaliste sans être nationaliste. L’internationalisme suppose que le nâtionalisme soit un fait déjà accompli. Autrement dit, les peuples appartenant aux différents pays, doivent s’être organisés et être capables d’agir comme un seul homme. Ce qui est un véritable fléau, ce n’est pas le nationalisme, mais l’étroitesse de vue, l’égoïsme, et cet esprit de clan qui fait le malheur des nations modernes. Chacune veut prospérer aux dépens de l’autre et s’élever sur ses ruines. (MM, 134.)

Je suis un humble serviteur de l’Inde et, en essayant de servir l’Inde, c’est à l’humanité entière que je rends service… Après environ cinquante années de vie publique, je suis en mesure de dire aujourd’hui que, plus que jamais, je suis persuadé qu’il n’y a aucune incompatibilité entre le service de sa nation et celui de toute l’humanité. Cette certitude a du bon. En tenir compte est la seule condition pour créer une détente dans le monde et mettre un terme à ces accès de jalousie qui dévorent les nations de notre globe. (MM, 135-136.)

L’interdépendance est et doit être, tout autant que J’autonomie, l’idéal de l’homme. L’homme est un être social. S’il n’entretient aucune relation avec la société, il ne peut ni prendre conscience de son unité avec l’univers ni se dépouiller de son égoïsme. C’est son interdépendance sociale qui lui permet d’éprouver sa foi et de se mesurer lui-même à cette pierre de touche qu’est la réalité. Si l’homme se trouvait ou pouvait se rendre lui-même absolument indépendant de ses semblables, son orgueil et son arrogance seraient tels qu’il deviendrait pour les autres un véritable fardeau et même un fléau. C’est en dépendant de la société qu’il apprend à être humain. Il va de soi qu’un homme doit être capable de pourvoir par lui-même à la plupart de ses besoins essentiels. Mais, à mes yeux, il est non moins évident que cela confinerait au péché si on poussait j’autonomie au point de s’isoler de la société. Ne serait-ce même que pour les diverses opérations qui vont de la culture à la filature du coton, l’homme ne peut pas se suffire à lui-même. A un moment ou à un autre, il lui faut faire appel à l’un des membres de sa famille. Et si l’on se fait aider par sa famille, pourquoi ne pas en faire autant avec ses voisins. Quelle pourrait être sinon la signification du célèbre adage: « Le monde est ma famille» ? (MM, 136.)

Les devoirs à l’égard de soi-même, de la famille, du pays et du monde, ne sont pas indépendants les uns des autres. Notre pays ne peut tirer aucun profit du mal que l’on se fait ou de celui qu’on inflige à sa famille. Ce n’est pas non plus en portant préjudice au monde en général qu’on peut rendre service à son pays. En fin de compte, nous devons mourir pour que la famille vive, la famille doit mourir pour que vive le pays et ce dernier doit à son tour mourir pour la vie de l’humanité. Mais seul ce qui est pur peut être offert en sacrifice. Le premier pas à faire est donc de se purifier soi-même. Dès que le cœur est pur, nous voyons aussitôt quel est notre devoir à chaque instant. (DM, 287.)   (Voir Tous les hommes sont frères, pp. 204-206)

2. Marshall B. Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs). Introduction à la communication non-violente.

CNV_RosenbergLe promoteur de la CNV, Marshall B. Rosenberg, était un Juif américain. Né le 6 octobre 1934, dans l’Ohio, il est décédé le 7 février 2015, à l’âge de 80 ans. Il raconte comment a germé son intérêt pour les questions de violence. L’été 1943, sa famille s’installe à Détroit, dans le Michigan. Les tensions raciales sont vives dans cette ville. Deux semaines après l’installation de sa famille dans la ville, un incident dans un jardin public met le feu aux poudres. En trois jours, une quarantaine de personnes sont tuées. Le quartier des Rosenberg est au cœur du foyer de violence et ils sont restés barricadés chez eux pendant trois jours. C’est le premier choc que va enregistrer ce gamin de 9 ans. C’est une violence raciale.

A la rentrée des classes, le jeune Rosenberg découvre un autre visage de la violence : il découvre qu’un patronyme peut être aussi préjudiciable qu’une couleur de peau. Il raconte :

« L’instituteur fit l’appel et lorsqu’il prononça mon nom, deux garçons me jetèrent des regards noirs et sifflèrent : ‘sale youpin !’ Je n’avais jamais entendu le mot et j’ignorais qu’il était employé comme un terme de mépris envers les Juifs. Les deux compères m’attendaient à la sortie et, après m’avoir jeté à terre, ils me rouèrent de coups. »

Ces deux violences, les émeutes raciales dont il fut témoin et le mauvais traitement qu’il reçu de ses camarades sans raison apparente, sinon qu’il était Juif, vont marquer profondément le jeune Rosenberg et l’amener à réfléchir sur la façon dont les personnes humaines peuvent se rapporter les unes aux autres de façon pacifique et conviviale. Il fera ensuite des études de psychologie pour devenir psychothérapeute, avant de mettre au point sa théorie et sa pratique de la communication non violente.

Les présupposés de départ de la pensée de Rosenberg

Donnons ici un avant goût de la lecture du livre Les Mots sont des fenêtres.

Chap. 1 : l’élan du cœur:

  1. Partant de la conviction que notre nature profonde nous porte à aimer donner et recevoir dans un esprit de bienveillance, j’ai passé ma vie à m’intéresser à deux questions. Comment se fait-il que nous puissions nous couper de notre bonté naturelle au point d’adopter des comportements violents et agressifs? Et inversement, comment certains individus parviennent-ils à rester en contact avec cette bonté naturelle même dans les pires circonstances ?
  2. J’ai depuis lors défini un mode de communication d’expression et d’écoute qui nous permet d’être généreux et de trouver un contact vrai avec nous-mêmes comme avec autrui, laissant libre cours à notre bienveillance naturelle. C’est ce que j’appelle la « Communication non violente » (abrégée enL CNV), et que l’on retrouve parfois sous le nom de «Communication créative» ou de «Communication empathique ». J’utilise le terme de non-violence au sens où l’entendait Gandhi, pour désigner notre état naturel de bienveillance lorsqu’il ne reste plus en nous la moindre trace de violence. Car bien que nous puissions avoir l’impression que notre façon de parler n’a rien de « violent », il arrive souvent que nos paroles soient source de souffrance pour autrui ou pour nous-mêmes.
  3. Lorsque nous pratiquons la CNV dans nos interactions ⎼ avec nous-mêmes, avec un interlocuteur ou au sein d’un groupe ⎼, nous nous installons de plus en plus dans notre bienveillance naturelle.
  4. La CNV nous aide à renouer avec nous-mêmes comme avec autrui en laissant libre cours à notre bienveillance naturelle.

Chap. 2 : quand la communication entrave la bienveillance

  1. En m’interrogeant sur ce qui peut nous couper de notre bienveillance naturelle, j’ai identifié certaines façons de parler et des modes de communication particuliers qui, selon moi, nous incitent à des comportements violents – envers nous-mêmes comme à l’égard d’autrui. Je parle alors de «communication qui coupe de la vie » ou de « communication aliénante ».
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