A PROPOS DE NOUS

Une première tentative avortée

A la recherche d’un ancrage solide pour l’association « Porteurs de Paix », j’ai revisité la décennie de l’ONU consacrée à la promotion d’une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde (2001-2010). A Ouagadougou, où j’ai séjourné de 2002 à 2007, j’avais voulu inscrire dans ce programme une formation et des actions significatives. Le 3 février 2004, à l’aumônerie de Gounghain, CERCLE, la première rencontre du « Groupe de réflexion sur la non-violence active » a réuni 8 jeunes dont 4 élèves de Terminale, 3 étudiants et un travailleur. Un tour de table sur les attentes releva les points suivants :

  1. Avoir des éléments qui me poussent à être non-violente et à aider d’autres à devenir non-violents.
  2. Aspect théorique : réflexion sur la non-violence. Quant à l’aspect pratique, je suis de tempérament non-violent.
  3. Avoir des arguments pour convaincre mon entourage à être non-violent, étant déjà moi-même de tempérament non-violent.
  4. J’ai un caractère « intempestif ». Essayer de maîtriser mon tempérament et rayonner.
  5. Je vais avoir plus de notions sur la non-violence et voir si elles sont applicables.
  6. Qu’est-ce que la non-violence ? Est-elle applicable dans certaines situations ?
  7. Je vais savoir comment participer aux marches de revendication.
  8. La non-violence est-elle applicable ?

La méthode de travail arrêtée à cette première rencontre fut ainsi formulée : « Dans le sillage l’Assemblée générale des Nations Unies qui a proclamé le 10 novembre 1998 ‘la période 2001-2010 Décennie internationale de la promotion d’une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde’ (Résolution 53/25), nous avons décidé d’exploiter un livret de Jean-Marie Muller édité par l’UNESCO et intitulé : « De la non-violence en éducation ». Cet ouvrage conçu pour divulguer les concepts de base de la paix et de la non-violence est de nature à aider les membres du groupe dans leurs attentes. Le texte sera présenté sous forme d’exposés préparés à tour de rôle par des membres du groupe. Parallèlement à ces exposés, l’animateur donnera des compléments, principalement sous forme de morceaux choisis sur la non-violence, lus et commentés ensemble. »

Historique de la décennie

L’Organisation internationale des Nations Unies a été fondée en 1945, après la Seconde Guerre mondiale, par 51 pays animés par les objectifs suivants :

  • maintenir la paix et la sécurité internationales,
  • développer des relations amicales entre les nations,
  • promouvoir le progrès social,
  • instaurer de meilleures conditions de vie,
  • accroître le respect des droits de l’homme.

L’Organisation se consacre à un grand nombre de questions fondamentales, comme le développement durable, la protection de l’environnement et des réfugiés, les secours en cas de catastrophe, la lutte contre le terrorisme, le désarmement et la non-prolifération des armes, la promotion de la démocratie, les droits de l’homme, l’égalité homme-femme et la promotion de la femme, la gouvernance, le développement économique et social, la santé publique, le déminage et l’augmentation de la production alimentaire et bien plus encore.

Ce faisant, elle s’attache à atteindre les objectifs fixés et à coordonner les efforts afin de créer un monde plus sûr pour les générations présentes et futures.

Des programmes

L’ONU a l’habitude de fonctionner par « programme ». Souvent dans le passé, c’était des programmes sur 10 ans, des « décennies », comme :

  • la Décennie de la lutte contre le racisme et la discrimination raciale (1993-2003),
  • la Décennie internationale des populations autochtones (1994-2004),
  • la Décennie des Nations Unies pour l’éducation dans le domaine des droits de l’homme (1995-2004),
  • la Décennie des Nations Unies pour l’élimination de la pauvreté (1997-2006),
  1. Relevons deux programmes sur la paix et la non-violence : une année et une décennie
  • Année internationale de la culture de la paix, en l’an 2000 (E/1997/47)
  • Décennie internationale de la promotion d’une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde (2001-2010).

Voici comment naquirent ces ceux programmes :

  1. Le conseil économique et social, dans sa résolution 1997/47 en date du 22 juillet 1997, recommande à l’Assemmblée Générale des Nations Unies de proclamer l’année 2000 Année internationale de la culture de la paix. Effectivement, lors de sa cinquante-deuxième session sera adoptée la résolution 52/15 du 20 novembre 1997, ainsi stipulée : «L’Assemblée générale, rappelant la résolution 1997/47 du Conseil économique et social, en date du 22 juillet 1997, proclame l’année 2000 Année internationale de la culture de la paix. »
  2. En 1998, lors de la cinquante-troisième session, l’Assemblée générale « Proclame la période 2001-2010 Décennie internationale de la promotion d’une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde» (A/RES/53/25 19 novembre1998), et charge l’UNESCO de l’organiser et d’en assurer le suivi.

La résolution 53/243 B du 13 septembre 1999, en fixera le programme d’action en huit points (correspondant à des secteurs prioritaires de l’action de l’Organisation des Nations Unies depuis sa fondation) :

  1. Le renforcement d’une culture de la paix par l’éducation ;
  2. La promotion d’un développement durable sur les plans économique et social ;
  3. La promotion du respect de tous les droits de l’homme ;
  4. Les mesures visant à assurer l’égalité entre les femmes et les hommes ;
  5. Les mesures visant à favoriser la participation à la vie démocratique ;
  6. Les mesures visant à développer la compréhension, la tolérance et la solidarité ;
  7. Les mesures visant à soutenir la communication participative et la libre circulation de l’information et des connaissances ; et
  8. Les mesures visant à promouvoir la paix et la sécurité internationales.

 

Manifeste 2000

Suite à ces deux proclamations (année internationale de la culture de la paix et la décennie de la promotion de la non-violence…), un groupe de Prix Nobel de la Paix rédige un texte, Manifeste 2000, pour traduire les résolutions des Nations Unies dans le langage quotidien afin de les rendre accessibles au plus grand nombre.

Le Manifeste 2000 a été rendu public à Paris le 4 mars 1999 lors d’une conférence de Presse internationale à la Tour Eiffel et a été proposé à la signature du grand public à travers le monde. Cette conférence a également accueilli 100 jeunes qui se sont engagés à diffuser ce message.

Ce Manifeste sera signé par :

18 prix Nobel de la paix, dont Desmond TUTU,

38 chefs d’Etat et de gouvernement dont 10 en Afrique

32 personnalités, dont 7 d’Afrique :

Il bénéficiera de 27 lettres de soutien, dont 3 d’Afrique

Aujourd’hui encore, nous sommes invités à rejoindre ces signataires et à devenir Messagers du Manifeste 2000, dont voici le texte :

  • Parce que l’an 2000 doit être un nouveau départ, l’occasion de transformer – ensemble – la culture de la guerre et de la violence en une culture de la paix et de la non-violence.
  • Parce que pareille transformation exige la participation de chacune et de chacun, et doit offrir aux jeunes et aux générations futures des valeurs qui les aident à façonner un monde plus juste, plus solidaire, plus libre, digne et harmonieux et plus prospère pour tous.
  • Parce que la culture de la paix rend possible le développement durable, la protection de l’environnement et l’épanouissement de chacun.
  • Parce que je suis conscient de ma part de responsabilité face à l’avenir de l’humanité, et en particulier des enfants d’aujourd’hui et de demain.

Je prends l’engagement dans ma vie quotidienne, ma famille, mon travail, ma communauté, mon pays et ma région de :

  • Respecter la vie et la dignité de chaque être humain sans discrimination ni préjugé ;
  • Pratiquer la non-violence active, en rejetant la violence sous toutes ses formes : physique, sexuelle, psychologique, économique et sociale, en particulier envers les plus démunis et les plus vulnérables tels les enfants et les adolescents ;
  • Partager mon temps et mes ressources : en cultivant la générosité, afin de mettre fin à l’exclusion, à l’injustice et à l’oppression politique et économique ;
  • Défendre la liberté d’expression et la diversité culturelle en privilégiant toujours l’écoute et le dialogue sans céder au fanatisme, à la médisance et au rejet d’autrui ;
  • Promouvoir une consommation responsable et un mode de développement qui tiennent compte de l’importance de toutes les formes de vie et préservent l’équilibre des ressources naturelles de la planète ;
  • Contribuer au développement de ma communauté, avec la pleine participation des femmes et dans le respect des principes démocratiques, afin de créer, ensemble, de nouvelles formes de solidarité.« Génération Médiateurs » et la Décennie internationale de la culture de la non-violence…

Dans la mouvance de la Décennie internationale 2001-2010, furent mis en place un peu partout dans le monde des mouvements et associations. En France s’est développée une association dénommée « Génération Médiateurs », devenue aujourd’hui une référence dans le domaine de la médiation par les pairs en milieu scolaire. Laissons la parole à l’une de ses représentantes :

« En 1999 Génération Médiateurs voit le jour. Notre association ambitionne de transmettre aux jeunes les valeurs de la Non-Violence et de les aider à gérer positivement leurs conflits en milieu scolaire. Magnifique projet mais qui nécessite alors de frapper aux portes des établissements, de les convaincre du bien fondé de notre formation, de les aider à trouver des financements… Néanmoins l’idée fait son chemin, Génération Médiateurs avance à son rythme, souvent à contre courant des idées prônées comme l’individualisme ou la prise de pouvoir sur l’Autre. En février 2008 l’Éducation Nationale reconnaît notre travail et nous octroie l’agrément pour 5 ans. Cette reconnaissance ministérielle ne s’arrête pas là puisque cet agrément nous est renouvelé en juillet 2013. Aujourd’hui Génération Médiateurs compte 25 formateurs, environ 200 établissements élémentaires ou secondaires qui ont vécu des expériences de médiation par les pairs et plus de 35 000 jeunes ont été formés au mieux vivre ensemble et à la gestion positive des conf lits. Il faut dire que depuis le début, le contenu de nos formations est particulièrement en adéquation avec les programmes de l’Éducation Nationale puisqu’il recoupe-entre autres- 6 compétences sur 7 du socle commun (à savoir le Palier 3) :

  • maîtriser la langue, formuler, reformuler, rendre compte, écouter (comp. 1).
  • pratiquer une démarche scientifique (Eh oui !), recenser des informations, les organiser (comp. 3)
  • maîtriser les techniques usuelles de l’information et de la communication, adopter une attitude responsable (comp. 4).
  • faire preuve de sensibilité, d’esprit critique, de curiosité (comp. 5).
  • avoir un comportement responsable, respecter les règles de la vie collective, comprendre l’importance du respect mutuel et accepter toutes les différences (comp. 6).
  • Développer l’autonomie et l’initiative (comp. 7)

En Septembre 2012 Génération Médiateurs participe à la Délégation Ministérielle chargée de la Prévention de la Lutte contre les Violences en Milieu Scolaire. En Août 2013 une Charte de Qualité de la Médiation par les Pairs est élaborée pour les intervenants dans les écoles, les collèges et les lycées. Le 27 Juin 2013 la loi Peillon sur la Refondation de l’École de la République instaure « des formations à la prévention et à la résolution non-violente des conflits » pour les enseignants et tous les personnels de l’éducation, en formation initiale et continue dans le cadre des Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation (ESPE) créés par cette loi (art. 70, §15). Souhaitons que les moyens nécessaires soient mis en œuvre afin que les futurs personnels concernés ne connaissent pas les difficultés des précurseurs que nous avons été. Eh bien Oui ! Nous étions en avance sur notre temps ! » (Geneviève Bastet, Formatrice Génération Médiateurs).

Collaboration avec Génération médiateurs

En juin 2013, j’avais bénéficié d’une formation dispensée par Génération médiateurs au collège Clémenceau dans le 18e à Paris. De retour à Abidjan, j’ai voulu faire bénéficier de cette formation fort enrichissante aux jeunes et aux moins jeunes. Pour cela il me fallait mettre sur pied une équipe. C’est alors que Porteurs de Paix a vu le jour, en 2014. Cette même année, une formatrice de Génération médiateurs, Geneviève Bastet, est venue former une première équipe de 14 personnes à l’Institut de Théologie de la Compagnie de Jésus (ITCJ – Angré), pour qu’elles se mettent au trvail auprès des jeunes. En 2015, trois autres formateurs de Génération médiateurs sont revenus former un nouveau groupe et renforcer les capacités des personnes qui avaient effectivement commencé à former les jeunes suivant la pédagogie apprise en en 2013. En effet, Porteurs de Paix et Génération médiateurs sont dans une sorte de « transfert de pédagogie » en trois étapes : en 2013, les membres de Porteurs de Paix sont formés par Génération médiateurs ; en 2013, les formateurs de Génération médiateurs co-animent la formation avec led membres de Porteurs de Paix ; nous prévoyons une troisième formation en 2016 qui sera animée par les formateurs de Porteurs de Paix, sous la supervision de Génération médiateurs.

Porteurs de Paix sur le terrain

Les deux formations reçues permettent à nos membres d’être en service dans trois collèges d’Abidjan : le Collège Notre Dame du Plateau, le Cours secondaire Méthodiste du Plateau et le collège Notre Dame de la Riviera ; nous somme en service également au prépostulat et au noviciat des Sœurs Notre Dame de la Paix. Nous sommes en voie d’intervenir dans un lycée et une Université de la place. Avec la formation de juin 2016, nous renforcerons notre équipe de formateurs pour étendre notre action dans d’autres établissements d’Abidjan et Côte d’Ivoire, et même au-delà de la Côte d’Ivoire, selon le dynamisme des participants à nos formations qui voudront démarrer des formations analogues dans leur pays.

Préambule des statuts

Les flambeaux viennent à peine de s’éteindre sur la Décennie internationale de la promotion d’une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde (2001-2010), proclamée par les Nations-Unies en 1998 ((A/RES/53/25 19 novembre1998). Cette décennie, confiée à l’UNESCO pour l’organisation et le suivi, n’a pas enrayé la violence à l’égard des enfants et/ou entre les enfants. C’est dire que ce programme d’ « une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde » est plus que jamais d’actualité, et que les Nations-Unies n’ont fait que mettre le doigt sur un fléau que nous devons combattre tous les jours.

Consciente de cette situation, une équipe composée essentiellement de femmes, a voulu faire écho en Côte d’Ivoire à ce programme en se constituant en association pour atténuer la poussée de violence dans cette partie du monde. Pourquoi essentiellement les femmes ? Parce que la violence des enfants touche plus viscéralement les mères que les pères. Pendant que ceux-ci conseillent facilement à leurs enfants de jouer, eux aussi, au dur devant la violence, les mères déploient mille astuces pour voir comment épargner à leur progéniture la souffrance de la violence.

 

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